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Anacoluthe, etc.

« On croit que le style est une façon compliquée de dire des choses simples, alors que c'est une façon simple de dire des choses compliquées. » [Jean Cocteau]

motif demi-cercleAnacoluthe, etc.

Gustave Doré Un personnage chevauchant une plume, 1863.

Tout autant, il est des mots compliqués destinés à exprimer des choses simples, ainsi que ceux désignant certaines figures de rhétorique. La figure de style est un procédé qui s'écarte de l'usage habituel de la langue afin de donner une expressivité particulière à la phrase. Même si les mots qui les désignent sont peu courants, leurs emplois sont souvent commun dans les interactions quotidiennes. (www.lalanguefrancaise.com)

Acrostiche universel : il s'agit d'un procédé développé par l'OuLipo et dérivé de la technique initiale de l’acrostiche. Ce premier étant un poème rédigé de façon à ce que la lettre initiale de chaque vers, lue verticalement, compose un mot ou une phrase donnée. Les variations oulipiennes sont multiples et peuvent être combinées entre elles afin de corser la difficulté. Acrostiche interne, en croix, en diagonale, en V, en V inversé… la somme de toutes les dispositions imaginables justifie amplement son qualificatif d'Universel.

 

Alexandrin greffé : c'est également une technique issue de l'OuLipo. Le but de l'opération est d'obtenir un alexandrin original doté d'un parfum suranné en piochant dans les ressources de la poésie classique. En greffant, par exemple, un hémistiche emprunté à un alexandrin de Gérard de Nerval (El Desdichado) sur un hémistiche emprunté à un alexandrin de Victor Hugo (Les Contemplations), on découvre un nouvel alexandrin, d'un auteur encore inconnu, Huval : « Je suis le Ténébreux au bord des flots mouvants / Le Prince d’Aquitaine enveloppé de vents / Ma seule étoile est morte, tu rêves près des ondes / Porte le Soleil noir sous les vagues profondes ! » On peut naturellement étendre l'exercice au poème entier.

 

Anacoluthe : Cette rupture logique dans la construction syntaxique d'une phrase peut dépendre d'une maladresse involontaire, mais peut également être utilisée délibérément en tant que figure de style. L'anacoluthe se justifie alors par une formulation inattendue, mais puissante. Formellement, il s'agit souvent de la suppression ou du déplacement du sujet au sein d'une phrase. Par l'effet de surprise généré, le résultat semble épouser la vivacité de la pensée. L'anacoluthe est d'ailleurs courante dans le langage parlé : « l’appétit vient en mangeant » est une phrase parfaitement compréhensible, malgré sa syntaxe absurde (l’appétit ne saurait manger). L’anantapodoton est une variante d’anacoluthe dans laquelle un des termes d’une expression alternative manque. Par exemple : « D’une part, tu vas te taire. »

 

Anagramme : consiste en la permutation des lettres d’un ou de plusieurs mots, de façon à former d'autres mots. Ainsi, cette anagramme d'Étienne Klein et Jacques Perry-Salkow pour Les Liaisons dangereuses : « Les ailes sanguines d'Éros. » Dans cette continuité, un poème anagrammatique est un poème dont les vers successifs sont tous composés avec les mêmes lettres, chaque fois arrangées dans un ordre différent.

 

Analepse : Procédé de style se concrétisant par un retour en arrière (du grec ancien ἀνάληψις | análêpsis) dans un récit enchâssant. Soit la narration à postériori d'un évènement antérieur dont l'exposition a été volontairement différée. Cette figure est l'inverse de la prolepse temporelle qui est une anticipation narrative.

 

Anaphore : figure de style qui produit un effet d'insistance dans la description d'une scène. L'exposition suivante, « Je regardais la rue et je voyais une moto au loin. Le motard roulait au pas. La moto semblait en panne. » est une anaphore nominale et associative. L'anaphore associative repose sur des connaissances partagées. On peut faire un lien immédiat entre les termes parce que leur association est logique (motard/moto). L’épanaphore est une anaphore qui consiste à commencer des vers, des phrases ou des ensembles de phrases ou de vers par le même mot ou le même syntagme. La répétition ou reprise (du grec ancien ἀναφορά | anaphorá) d'un même mot crée un effet de rythme semblable à une incantation. La technique insistante permet de renforcer une affirmation, tout en suscitant une sorte d'exaltation. Ainsi ces vers de Pierre de Marbeuf, poète du XVIIe siècle : « Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage, Et la mer est amère, et l’amour est amer. » On parle d'épiphore lorsque la répétition se situe en fin de phrase.

 

Anastrophe : Retournement, renversement (du grec ἀναστροφή | anastrophē). Cette figure de construction consiste en une inversion de l'ordre habituel des mots d'un énoncé. Mais contrairement à l'inversion simple, l'anastrophe porte sur un syntagme entier. Elle inverse donc l'ordre syntaxique des mots dans une phrase et concerne particulièrement des expressions de la langue. Ainsi « Excepté lui », « Jamais de la vie ». L'effet recherché est la mise en valeur du syntagme manipulé, ainsi dans ces vers d'Yves Bonnefoy : « Close la bouche et lavé le visage / Purifié le corps, enseveli / ce destin… » L'une des plus célèbres est tirée du théâtre de Molière : « D'amour vos beaux yeux, Marquise, mourir me font. » (Le Bourgeois gentilhomme).

 

Chiasme : (du grec χιασμός | khiasmós signifiant croisement, d'après la lettre khi « X ».) Il s'agit d'une figure d’opposition. Le procédé consiste en un croisement d'éléments dans une phrase ou dans un ensemble de phrases sur un modèle AB/BA et qui a pour effet de donner du rythme à une phrase ou d'établir des parallèles. Le chiasme peut aussi souligner l'union de deux réalités ou renforcer une antithèse dans une phrase. Par exemple, de Jean Cocteau : « Je préfère les assauts des pique-assiettes aux assiettes de Picasso. »

 

Chimère : (Technique OuLiPienne) Soit un texte-source : on le vide de ses substantifs, de ses adjectifs, et de ses verbes, en marquant toutefois la place de chaque vocable ("S", "A", "V"). Le texte préparé sera désigné comme moule. Suivent alors trois textes-outils, S', A', V' : on extrait les Substantifs de S', les Adjectifs de A', les Verbes de V'. On replace substantifs, adjectifs, verbes aux endroits adéquats du moule adapté plus haut et dans l’ordre où ils ont été extraits. Après avoir rectifié, aussi peu que possible, pour éliminer certaines incompatibilités, on aboutit à un texte accommodé, ou chimère.

 

Clausule : (nom féminin provenant du latin clausula) cette figure de style désignait originellement le dernier membre d’une période oratoire. Elle prend la forme d'un effet de rupture obtenu par insertion d'une séquence en fin d'exposition figeant l'attention du lecteur. C'est une structure rythmique dont la nature est d’arrêter l’élan de la phrase afin de happer l'attention. Comme dans cet extrait du Baiser au lépreux de François Mauriac, « Ainsi courut Noémi à travers les brandes, jusqu’à ce qu’épuisé, les souliers lourds de sable, elle dût enserrer un chêne rabougri sous la bure de ses feuilles mortes mais toutes frémissantes d’un souffle de feu, — un chêne noir qui ressemblait à Jean Péloueyre »

 

Clinamen : (Déviation indéterminée et aléatoire d'après Epicure.) Pour Georges Perec le clinamen intervient surtout comme « mode d’emploi complémentaire » à la mise en œuvre des contraintes oulipiennes. « Nous avons un mot pour la liberté, qui s'appelle le clinamen, qui est la variation que l'on fait subir à une contrainte... [Par exemple], dans l'un des chapitres de La vie mode d'emploi, il fallait qu'il soit question de linoleum, il fallait que sur le sol, il y ait du linoleum, et ça m'embêtait qu'il y ait du linoleum. Alors j'ai appelé un personnage Lino – comme Lino Ventura. Je lui ai donné comme prénom Lino et ça a rempli pour moi la case Linoleum. Le fait de tricher par rapport à une règle ? Là, je vais être tout à fait prétentieux : il y a une phrase de Paul Klee que j'aime énormément et qui est : Le génie, c'est l'erreur dans le système ».

 

Haï-kaïsation : (Technique Oulipienne) On ne garde d’un poème que des fins de vers (réduction aux sections rimantes), créant ainsi des poèmes très brefs, proches du haïku. Le double haï-kai (ou tête-à-queue) en est une variante enrichie : on prend le(s) premier(s) mot(s) d’une suite de vers et on les colle au(x) dernier(s). L'exercice appliqué aux Contemplations de Victor Hugo donne : « Ceux qui passent / Disent, s’effacent. / Quoi ! le bruit ! / Quoi, les arbres ! / Vous les marbres / Vous la nuit… »

 

Homéotéleute : (du grec ancien : ὁμοιοτέλευτος | homoiotéleutos signifiant fin semblable.) C'est une figure de style qui consiste en la répétition d'une ou de plusieurs syllabes finales homophones. Ses possibilités stylistiques sont souvent exploitées pour créer un effet comique ou une insistance, comme dans cette phrase tirée des Exercices de style de Raymond Queneau, « Un jour de canicule, sur un véhicule où je circule, gesticule un funambule au bulbe minuscule. » Elle est proche de l'allitération, de l'assonance ou du tautogramme. En poésie, elle permet la création d'un effet rythmique qui peut être descriptif comme dans le cas d'une harmonie imitative.

 

Litote : (du grec λιτότης | litótēs qui signifie apparence simple.) Il s'agit d'une figure d’atténuation. son emploi est destiné à laisser entendre davantage que ce qu'elle expose, de façon à susciter chez le récepteur un sens beaucoup plus fort que la simple énonciation de l'idée exprimée. Ainsi dans ces deux vers de Jean de La Fontaine, « Ce n’était pas un sot, non, non, et croyez-m’en, Que le chien de Jean de Nivelle. » Elle est proche de l’antiphrase qui feint de nier la réalité d’une chose, pour mieux en accentuer le caractère d’exception. En revanche il ne faut pas la confondre avec l'euphémisme qui renvoie à un référent désagréable sans utiliser le terme adéquat.

 

Oxymore : (du grec ὀξύμωρος | oxymôros signifiant aigu épais.) Cette figure réthorique vise à rapprocher deux termes (un nom et un adjectif) que leurs sens devraient éloigner, dans une formule en apparence contradictoire, comme dans la phrase « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » tiré du Cid de Corneille. Bailly traduisait cette idée comme « ingénieuse alliance de mots contradictoires ». C'est un moyen de susciter la surprise en créant une réalité poétique inattendue, proche de l'absurde.

 

Parataxe : (du grec ancien παράταξις | parátaxis signifiant coordination.) Cette figure de construction se caractérise par la suppression d'un ou de plusieurs liens coordinatifs attendus, soit les conjonctions de coordination, de concession et d'opposition (et, or, mais, tandis que) ou chronologiques (avant, après). À l'échelle d'un texte, la parataxe peut également s'étendre à l'absence de signes de ponctuation, qui est une pratique courante dans les curriculums vitae. Des formules comme « dépôt vente » ou « exemplaire papier » sont des parataxes. Un parfait exemples de parataxe syntaxique est la chanson de Jacques Brel, « Ne me quitte pas, il faut oublier, tout peut s'oublier, qui s'enfuit déjà... » L'asyndète est une forme spécifique de parataxe.

 

Sextine : La sextine est une forme poétique, composée de six sizains, dont les mots en fin de vers restent identiques pour chaque strophe, mais répartis selon un ordre cyclique différent : mathématiquement parlant, il s'agit d'une permutation d'ordre 6. Elle se termine par une tornada (dernier couplet dont la longueur est égale à la moitié de la longueur des autres couplets, soit un demi sizain, reprenant les six mots des rimes). Raymond Queneau l'a étendue en inventant la Quenine, composée de 9 strophes de 9 vers. Les membres de l'OuLiPo l'ont aussi déclinée en Octine, et en Terine.

 

Tautogramme : (du grec ancien ταυτό | tautó signifiant même lettre) cette figure désigne un cas particulier d'allitération où tous les mots du texte commencent par une lettre identique. Louis de Jaucourt parle de « vers lettrisés ». Le tautogramme a été popularisé par l'OuLiPo pour devenir un exercice ou un jeu littéraire applicable aussi bien à la prose qu'à la poésie. L'auteur peut choisir d'enfreindre la règle pour un nombre très restreint de mots ou de ne l'appliquer qu'aux substantifs. L'Ouvroir de Littérature a présenté plusieurs tautogrammes parfaits dont cet extrait des Noces nautiques : « Nos nefs naviguaient nord, neuf nœuds, / Nonchalamment, nonobstant noroît, nordet, / Nos nombreux navires narguant Neptune narcissique, négligé. / Novembre neigeait, nous nostalgisions. »

 

Zeugma : (du grec ancien ζεῦγμα | zeûgma signifiant lien.) C'est une figure de style qui consiste à faire dépendre d'un même mot (verbe ou adjectif) deux termes disparates qui entretiennent avec lui des rapports différents, comme dans cet extrait de Booz endormi par Victor Hugo, « Vêtu de probité candide et de lin blanc. » Il s'agit d'une forme d'ellipse.

 

(08/09/2022; Frédéric Schäfer)

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